Article: Le 8 septembre, l'île entière célèbre la Vierge marie

Le 8 septembre, l'île entière célèbre la Vierge marie

Il y a des jours où l'île entière se met en marche. Le 8 septembre est de ceux-là. Dans le Niolu, à Lavasina, à Pancheraccia, dans des villages dont le nom s'arrête à l'entrée de la vallée, nous sortons notre statue de la Vierge Marie, nous allumons des cierges, et nous commençons notre procession.
Laissez-moi vous raconter cette journée comme nous la vivons.
Que fêtons-nous le 8 septembre en Corse ?
La Nativité de la Vierge Marie, sa naissance.
Beaucoup la confondent avec l'Immaculée Conception, que nous fêtons le 8 décembre et qui est devenue notre fête nationale. Deux dates, deux fêtes, une seule protectrice.
Pourquoi le 8 septembre ?
Comptez les mois entre le 8 décembre et le 8 septembre. Il y en a neuf.
C'est l'arithmétique de l'Église, et elle est limpide : le 8 décembre célèbre sa conception, le 8 septembre sa naissance. Les deux dates se répondent à la distance d'une grossesse. Quand on a compris ça, on les tient séparées pour toujours.
Depuis quand la Vierge est-elle notre patronne ?
Depuis janvier 1735. Réunie en consulta, l'île se place sous la protection de l'Immaculée Conception et fait porter son image à ses armes et à ses drapeaux. Le même jour, elle adopte *Dio vi salvi Regina* comme hymne.
Il faut comprendre ce que ça voulait dire cette année-là. Nous sortions de siècles d'invasions. Génois, Pisans, tous ceux qui ont trouvé cette île sur leur route et ont cru qu'elle se prendrait. Nous avons été des guerriers toute notre histoire, et nous nous sommes toujours relevés.
Alors une nation qui se déclare libre se choisit une souveraine, et nous avons choisi celle qu'aucune armée ne peut déloger.
Voilà pourquoi le 8 septembre dépasse la fête de paroisse. Ce jour-là nous rappelons sous quelle protection nous nous sommes placés, notre Vierge Marie.
Où se tiennent les processions le 8 septembre ?
Partout dans notre île, dans plusieurs villages, et chacun a son pèlerinage ce jour-là. Chaque année est un rendez-vous important.
Lavasina, dans le Cap Corse. Notre-Dame des Grâces, et un tableau auquel on prête un miracle depuis 1675, celui d'une religieuse guérie. La veille au soir, une procession aux flambeaux monte au sanctuaire. Plusieurs milliers de personnes, dans le noir, la mer en contrebas.
Casamaccioli, dans le Niolu. Messe solennelle, puis A Granitula, portée par les confréries. Beaucoup d'entre nous tiennent ce rendez-vous pour le plus important de l'année, et il se double de la plus ancienne foire de Corse.

Pancheraccia, dans la plaine. La procession part elle aussi la veille au soir, et il s'y passe une chose qu'on voit là et nulle part ailleurs : la statue est portée uniquement par des femmes. On y distribue des rubans bénis.
Alesani, en Castagniccia. La Vierge à la cerise reprend sa place à l'église du couvent le jour de la fête.
De Bonifacio au Niolu, chaque territoire a sa légende, sa Vierge, et sa manière de la porter. Chacun a gardé la sienne.
Qu'est-ce que A Granitula ?
Une procession qui s'enroule sur elle-même en spirale, atteint son centre, puis se déroule en sens inverse jusqu'à revenir exactement là où elle a commencé.
Le mot dit la forme : celle d'une coquille d'escargot. Les confréries la mènent, les pénitents suivent, et la spirale se referme lentement. Chez nous, personne n'a besoin qu'on lui explique ce que ça veut dire.
Pourquoi chantons-nous Dio vi salvi Regina ce jour-là ?
Parce que c'est le chant que nous adressons à celle que nous sommes venus voir, et parce que c'est notre hymne depuis la consulta de 1735.
Il se chante à trois voix, sans instrument, souvent en marchant. Vous l'entendrez à Lavasina dans la nuit, à Casamaccioli après la messe, et sur les places de village où il n'y a ni chorale ni programme, seulement des gens qui savent leur partie depuis l'enfance.

Dieu vous garde, Reine. Le titre est une salutation. Nous saluons.
Cette phrase est gravée jusque sur le socle des statues que nous mettons dans nos maisons. Elle est dans nos églises, sur nos drapeaux, dans nos stades. C'est probablement le seul hymne au monde qu'on chante aussi bien à une procession qu'à un match.
La religion, chez nous, se vit tous les jours
Il faut avoir traversé un village corse pour comprendre.
Il y a une croix à l'entrée. Il y en a une à la sortie. En chemin, l'église reste ouverte, et nous y entrons pour allumer un cierge. Un cierge pour un père, pour une mère, pour un frère parti. Nous nous arrêtons, nous nous recueillons, nous prions, et nous repartons.
Nous faisons le signe de croix. Nous prions tous les jours. Nous sommes croyants, et cela fait partie de nos codes au même titre que la langue et le chant. Ces choses-là s'apprennent d'un ancien, jamais d'un livre.
Mon oncle était l'abbé Emanuelli, dont le nom se connaît bien au-delà de notre famille. J'ai grandi dans les offices et les processions, dans les dates qu'on tient quoi qu'il arrive. Je suis croyante, et je le suis restée.
Ma dévotion à la Vierge est indéfectible. Elle protège la Corse entière, et pour cette raison elle restera toujours présente dans nos collections. La Vierge Marie dorée fait partie de la maison, comme le bleu de chine.

Un cadeau corse qui traverse les années
Nous avons dessiné cette Vierge comme un cadeau corse, au sens plein du mot.
Une protection qu'on offre à quelqu'un d'ici, ou à quelqu'un qui aime cette île, et qui restera sur une commode pendant une vie entière. Le socle porte les premiers mots de l'hymne, en relief, gravés pour rester.
C'est le même geste que le marque-page glissé dans chaque commande, celui qui porte les paroles du *Dio vi salvi Regina*.

Nous sommes la marque corse
Chaque Corse porte une mission, et elle nous a été confiée par nos anciens : transmettre notre culture, nos valeurs, nos traditions, notre langue. Nous en sommes les défenseurs, comme nos pères l'ont été pour leurs terres et leurs troupeaux.
C'est cette mission que nous avons prise en fondant SGIÒ. Chaque pièce que nous dessinons raconte une histoire, un patrimoine, une culture. Nous faisons des vêtements corses pour la femme, et pour l'homme. Nous faisons aussi des pièces qui se posent sur un meuble et qui durent : une Vierge, un marque-page, un mot de chez nous gravé quelque part.
Ce sont les mêmes objets. Ils disent la même chose, et ils tiennent le même temps.
La Corse s'apprend en la vivant. Voilà pourquoi nous sommes la marque corse : parce que nous la faisons vivre, tous les jours, dans ce que nous fabriquons et dans ce que nous portons.
Et après le 8 septembre
Les troupeaux redescendent, la saison bascule, et l'île rentre chez elle.
Nous nous retrouverons le 8 décembre, au même endroit, autour de la même figure, sous son autre nom. Neuf mois plus tard, ou trois mois plus tôt, selon le sens où vous lisez le calendrier.
*Esse corsu per sempre.*
Elodie
